PMI Global Summit 2026 – Retour d’expérience de la délégation PMI France
Et si le principal enjeu de l’intelligence artificielle n’était pas de savoir ce qu’elle peut faire à notre place, mais de comprendre ce qu’elle nous oblige à faire évoluer dans notre métier ?
C’est l’une des réflexions que nous rapportons du PMI Global Summit 2026, à Détroit. Du 21 au 24 octobre, cinq membres de PMI France se sont retrouvés dans le Michigan pour participer à cet événement international. Au-delà des conférences et des rencontres avec la communauté PMI, ces journées ont aussi été marquées par la convivialité et les échanges entre membres de notre délégation.
Mais une question a particulièrement traversé les interventions : quelle sera la véritable valeur ajoutée du professionnel du management de projet dans un environnement où l’intelligence artificielle prend une place croissante ?
La réponse ne se limite pas à la maîtrise de nouveaux outils. Elle touche directement à notre positionnement dans les organisations.
Du pilotage de l’exécution à la création de valeur
Les chiffres partagés pendant le Summit donnent une idée de l’ampleur des transformations en cours : plus de 820 000 membres PMI, plus de 2 millions de professionnels certifiés et 81 % des professionnels qui constatent une complexité croissante des projets.
Une autre perspective mérite notre attention : les besoins mondiaux pourraient atteindre 30 millions de professionnels supplémentaires du management de projet d’ici 2035. Le métier ne disparaît donc pas. Il évolue, et les attentes avec lui.
Un chiffre illustre particulièrement ce décalage : pour les dirigeants, l’alignement stratégique constitue le premier critère de réussite d’un projet. Pour les professionnels du projet, il n’arrive qu’au douzième rang. Un écart qui aurait triplé en deux ans. Cette différence de perception pose une vraie question : comment prétendre contribuer à la stratégie de l’entreprise si notre quotidien reste principalement concentré sur le suivi des délais, des budgets et des livrables ?
Ces fondamentaux restent indispensables. Mais un projet livré dans les temps n’est pas nécessairement un projet qui a créé de la valeur. Notre rôle doit donc dépasser la coordination et le delivery. Il s’agit aussi de comprendre les enjeux business, d’éclairer les arbitrages et de relier les initiatives aux objectifs de l’organisation.

Le chef de projet de demain : un véritable intégrateur
C’est ici que l’intelligence artificielle change la donne. Les annonces de PMI autour de l’Advanced Project Leader (APL), de PMI Infinity et de M.O.R.E. at Scale témoignent de cette évolution.
L’IA peut désormais faciliter l’analyse, accélérer certaines tâches, détecter des risques et proposer différents scénarios. Elle modifie progressivement la manière dont nous préparons et pilotons les projets. Mais que faisons-nous de ces nouvelles capacités ?
La valeur du chef de projet ne réside plus uniquement dans sa capacité à détenir l’information ou à produire un planning. Elle se situe aussi dans son aptitude à connecter les expertises, faire dialoguer les métiers et les équipes techniques, comprendre les contraintes et transformer des informations parfois contradictoires en décisions compréhensibles.
Le chef de projet devient un véritable intégrateur : il fait le lien entre les enjeux business, les compétences, les technologies et les acteurs. L’atelier de Tyson Brown consacré à l’intégration de l’IA dans le cycle de vie des PMO a notamment souligné l’importance de la gouvernance et de la pertinence des usages. Multiplier les outils ne suffit pas. Encore faut-il savoir pourquoi les utiliser et comment les intégrer dans les pratiques existantes.
Cette évolution implique également de repenser la montée en compétences. Le reskilling ne peut plus se résumer à quelques formations ponctuelles : apprendre à travailler avec l’IA, développer son discernement et adapter ses pratiques doivent progressivement faire partie du quotidien professionnel.
La technologie accélère, le leadership fait la différence
Plusieurs interventions du Summit ont apporté un éclairage particulièrement intéressant sur cette dimension humaine. Beau Lotto, à travers son travail sur la perception et l’incertitude, nous a rappelé l’importance de savoir remettre en question nos certitudes. Dans un projet, les informations sont rarement complètes. Savoir changer de perspective est donc une véritable compétence de pilotage.
Jimmy Chin, en partageant son expérience de l’expédition, a illustré une autre réalité : un plan, aussi bien préparé soit-il, ne peut pas tout anticiper. Savoir maintenir un cap est important, mais savoir réévaluer sa trajectoire lorsque les conditions changent l’est tout autant. Et cette capacité d’adaptation repose largement sur le collectif. Une équipe doit pouvoir exprimer ses doutes, signaler un risque et questionner une décision. La confiance n’est pas un supplément d’âme : elle conditionne la capacité à faire face aux imprévus.
Les échanges autour de la transformation stratégique, notamment lors de la session introduite par Johannes Heinlein et de la discussion entre Dan Gilbert et Jessica Sibley, ont également rappelé qu’une vision ne devient réalité que lorsque les décisions, les priorités et les acteurs avancent dans la même direction.
C’est aussi ce qui donne tout son sens au leadership : fédérer sans nécessairement disposer d’une autorité hiérarchique, faciliter les arbitrages et maintenir l’engagement collectif dans des environnements complexes.

Reconnaître le leadership dans les environnements complexes
Le lancement annoncé de la certification Advanced Project Leader (APL) s’inscrit dans cette évolution. Destinée aux professionnels expérimentés répondant aux critères d’éligibilité de PMI, elle vise à reconnaître des compétences qui dépassent la seule maîtrise des méthodes de management de projet. Influencer sans autorité formelle, résoudre des problèmes sous pression, aligner des parties prenantes et s’adapter à l’incertitude : autant de dimensions qui prennent une importance croissante dans les projets à forts enjeux.
Le choix de valoriser l’expérience et la pratique professionnelle, au-delà d’une logique classique d’examen, traduit également une évolution intéressante dans la reconnaissance des compétences. Le leadership ne se décrète pas. Il se construit dans les situations concrètes, les décisions difficiles et la capacité à faire avancer un collectif. Alors, quelle place voulons-nous prendre demain ?
Nous revenons de Détroit avec une conviction : l’intelligence artificielle va continuer à transformer nos pratiques, parfois plus vite que nous ne l’imaginons. Mais notre valeur ne se résume pas aux outils que nous maîtrisons.
Elle se mesure aussi à notre capacité à relier les expertises, à comprendre les enjeux stratégiques, à éclairer les décisions et à embarquer les équipes dans des transformations qui ont du sens.
Le véritable défi pour les professionnels du projet est peut-être là : ne plus être uniquement ceux qui organisent et suivent l’exécution, mais ceux qui contribuent à rendre les transformations possibles.
L’IA accélère. Le leadership donne la direction. Et c’est dans cette complémentarité que se dessine l’avenir du management de projet.
La délégation PMI France – PMI Global Summit 2026, Détroit
Vivine Assokane, Samia Nour, Yacouba Fofana (Pôle La Défense)
Claudia Frangu (Pôle Lyon)
Bruno Doucende (President PMI France)

La délégation PMI France avec une partie du Conseil d'Administration de PMI